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Culture / Divertissement,Musique

Arctic Monkeys : de Sheffield au toit du monde

10 Mai , 2018  

Enfin ! Après 5 ans d’attente, les Arctic Monkeys s’apprêtent à sortir Tranquility Base Hotel & Casino, leur nouvel album. Le groupe sera d’ailleurs en concert à Paris les 29 et 30 mai prochains pour assurer la promotion de ce nouvel opus, et alors que les deux dates ont affiché « sold out » seulement quelques heures après l’ouverture de la billetterie, prouvant ainsi que la popularité du groupe est toujours immense, penchons nous un peu sur la discographie du groupe anglais – n’ayons pas peur des mots – le plus influent depuis Oasis.

« Don’t believe the hype ». C’est par ces mots que s’ouvre, en 2005, le clip du premier single du groupe, I bet you look good on the dancefloor. Les quatre jeunes lads (Alex Turner au chant et à la guitare, Jamie Cook à la seconde guitare, Matt Helders à la batterie et Andy Nicholson – puis Nick O’Malley à partir de 2006 – à la basse) ne le savent pas encore, mais ils viennent alors de lâcher une véritable bombe qui va les sortir de leur Sheffield natal pour les emmener sur les plus grandes scènes du monde.

Pourtant, de Sheffield, il en est beaucoup question dans le premier album des Arctic Monkeys, Whatever People Say I Am, That’s What I’m Not : sorti en 2006, l’opus est bourré de chroniques de vie issues du quotidien pré-succès du groupe. Avec son débit de parole mitraillette, Turner nous conte des histoires de putes (When the sun goes down), de poseurs sans talent (Fake tales of San Francisco) ou de dragues maladroites (I bet you look good on the dancefloor ou Dancing Shoes). En somme, le quotidien classique d’un jeune classique dans un pays occidental au milieu des années 2000, le tout sur fond de riffs saturés et de batterie martyrisée par un Helders déchaîné.

C’est la force de ces « bébés monkeys » : l’alliance d’une musique s’inscrivant dans le revival garage rock du début des années 2000 et de textes à la Jarvis Cocker. Le tout sonne bien, le message passe, l’album est numéro 1 dans les charts anglais et le NME affiche le gang sur sa couverture sous le titre «The world at their feets ». Le monde à leurs pieds.

Alors soyons honnêtes : si en 2006, l’ensemble du monde rock est déjà convaincu du talent des singes de l’arctique, le titre du NME semble néanmoins un brin prématuré. Après tout, la presse musicale anglaise nous a habitué aux couvertures pompeuses sur d’hypothétiques « next big things » qui disparaissent au lendemain de leur premier album. De plus, l’époque est aux comètes : qui se souvient des Rakes, des Others et autres Paddingtons ? Les Libertines, présentés par ce même NME comme les « sauveurs du rock » en 2002 et dernier groupe en date au talent comparable à celui de la bande de Turner ? Déjà cultes, assurément, mais aussi déjà morts, rongés par la dope et les querelles intestines. Certes, le régime des Monkeys est loin d’être aussi chimique que celui des camarades Barat et Doherty, mais tout de même, le doute subsiste. Un peu. Puis, plus du tout : le second album du groupe sort en 2007 et transforme brillamment l’essai.

Favourite Worst Nightmare – c’est son nom – contient certains des titres les plus brillants de la discographie du groupe : le punchy Brianstorm, le poétique Do me a Favour ou le touchant 505 sonnent, dès la première écoute, comme des classiques. Mais surtout, il y a LE tube : Fluorescent Adolescent, un titre pop parfait, à la fois sucré et mélancolique, écrit en vacance par Turner et sa petite amie de l’époque. Un titre qui symbolise également l’évolution musicale des Arctic Monkeys : le coté foutraque, « libertiniesque », du premier album est délaissé au profit d’une musique carrée, structurée et plus mélodique. L’ensemble gagne aussi en groove et en profondeur grâce à l’arrivée de Nick O’Malley et de ses lignes de basses dansantes, davantage présentes dans le mix que celles de son prédécesseur.

Ainsi, le groupe fait ici brûler ses derniers feux garage rock : le prochain album du quatuor de Sheffield sera mâture, résolument pop et, contre toute attente, mâtiné de psychédélisme.

Josh Homme is coming

Hambug, leur troisième effort, sort en 2009 et représente un tournant sur bien des points : pour la première fois, le groupe choisit d’enregistrer aux Etats-Unis. De plus, ils reçoivent l’appui de Josh Homme, des Queens of the Stone Age, à la production, en soutien de James Ford, déjà producteur de Favourite Worst Nightmare. Et surtout, les tignasses s’allongent tandis que la furie des débuts disparaît.

En résulte des titres beaucoup plus calmes, au son plus lourd, mais aussi plus complexe : le groupe joue avec les structures, mélange les riffs et les ambiances au sein d’un même morceau. Si l’album est un succès créatif (bien si l’on sent que le groupe se cherche encore un peu alors qu’il s’éloigne pour la première fois de ses bases brit-rock), il marque aussi un recul en terme de vente par rapport aux deux premiers opus. Mais ça, les Arctic Monkeys s’en fichent : ils sont tout de même bien placés dans les charts (l’album est en tête des ventes au Royaume-Uni dès sa sortie) et sont de toute façon assez bankable pour se permettre de continuer à défricher.

Suck it and see

Le titre du quatrième album, Suck it and see, est représentatif de cet état d’esprit : cette expression peut se traduire par « essaye et vois ensuite » (mais libre aux anglophone d’en apprécier le sens premier, nettement plus charnel). Encore une fois, le style du groupe évolue : pendant que Turner prend confiance en lui et commence à expérimenter sur scène son personnage de crooner, le rock des Anglais se fait de plus en plus américain. L’album a été composé sur des guitares acoustiques, et cela s’entend : il y a du Ennio Moricone passé entre les mains de la fée électricité dans des morceaux comme Suck it and see ou Don’t sit down ’cause I’ve moved your chair. Les titres semblent tous traversés par une forme de tension propre au maître de la musique de western, et le tout est souligné par la production de Josh Homme, une nouvelle fois aux manettes, qui rend le son du groupe toujours plus profond, lourd et puissant. A sa sortie en 2011, l’album surprend donc quelque peu les fans de la première heure mais pose les bases de leur dernier opus à l’heure actuelle, qui est aussi leur plus gros succès commercial : AM.

Sacré « Album de l’année 2013 » et « Album de la décennie » en 2015 par le NME, « Meilleur Album » aux Brit Awards 2014… Dès sa sortie, AM est acclamé par la critique et le public. Six singles en sont extraits, parmi lesquels l’ultra-sexy Do I wanna know ? (qui pour résister à ce beat et ce riff minéral ?), leur meilleur single dans le classement anglais des ventes depuis Fluorescent Adolescent en 2007, mais aussi le surpuissant R U Mine ou l’explosif Arabella. Des titres au son plus puissant que jamais (Black Sabbath est une influence revendiquée de cet album), mais aussi nettement plus sexy : Turner achève ici sa mutation en Elvis des années 2010 à coup de cheveux gominés, de veste en cuir et de déhanchements surjoués. Qu’il semble loin, le gamin timide et mal coiffé qui marmonnait ses paroles à toute vitesse avec son accent du nord de l’Angleterre… D’ailleurs, les textes ont eux aussi évolués : finies, les scènes de vie quotidiennes aux airs de satyre sociale. Les paroles sont désormais sensuelles, parlent de (aux?) filles inaccessibles et de désirs inassouvis. Les singes sont devenus adultes, et cela se sent dans leur musique.

Mais alors qu’attendre du prochain album du quatuor ? Le groupe a déjà répété à maintes reprises que la page garage rock était définitivement close, et il est probable que leur musique continue d’évoluer vers un rock toujours plus mature et maîtrisé. Et peut-être aussi plus expérimental ? Après tout, Turner n’est pas avare en surprises, et des indices sont peut-être à trouver dans le dernier album de son side-project The Last Shadow Puppets, sorti en 2016, qui mariait habilement rock sexy, riffs funky et arrangements à cordes grandiloquents (Bad Habits, Used to be my Girl ou Pattern en sont de bons exemples). Cela semble d’ailleurs confirmé par les quelques extraits ayant fuité ces derniers jours, ou les claviers semblent avoir pris une place nouvelle dans le son du groupe. Réponse demain donc, alors que le groupe s’apprête à entamer une tournée qui, n’en déplaise au Turner de 2006, s’annonce déjà on ne peut plus « hype ».

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Guillaume
Etudiant en Lettres Modernes, passionné par l'actualité culturelle et politique, et animé par la volonté de provoquer la réflexion chez le lecteur

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