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Culture / Divertissement,Musique

Quels sont les albums de l’année 1970 que vous n’avez (sans doute) pas assez écoutés ?

27 Avr , 2016  

1970 est sans doute l’une des années charnières qui marquèrent l’histoire de la musique. Les Beatles se séparent, laissant en héritage leur ultime album Let it Be. Jimi Hendrix et Janis Joplin décèdent. Simon & Garfunkel triomphent avec un album qui sera leur dernier. Ainsi, la décennie des années 60 se ferme. En face, celle des années 70 se profile : David Bowie sort son troisième album ; les Jackson 5 leur deuxième. Mais en marge de ces grands événements qui marquèrent l’histoire de la musique, se cachent quelques albums oubliés, pas assez écoutés, laissés sur le côté. Pourtant, ils mériteraient d’être sur le devant de la scène. Retour sur trois de ces grands albums oubliés de l’année 1970.

Thomas and Richard Frost – Visualize

L’album Visualize des frères Frost est une rareté. C’est d’ailleurs leur seul album, et il ne fut reconsidéré que depuis sa redécouverte dans les années 2000. Magie de Youtube, sa mise en ligne sur le site pourrait bien lui donner une deuxième vie : en un an, l’album a été vu 1500 fois, sans doute plus de fois qu’il n’a été écouté depuis 1970. C’est un album de pop rêveuse, une pop qui s’écoute avec plaisir, bercée par des mélodies douces. Il semble déjà empreint d’une certaine nostalgie de l’âge d’or de la musique pop britannique, à l’image du deuxième titre de l’album Where did Yesterday Go. Les titres sont courts, mais créent chacun leur atmosphère propre.

Sur le troisième titre, incroyablement moderne, December Rain. April Laughter, aux accents folks, on retrouve la même nostalgie joyeuse et onirique qui sous-tend tout l’album. Sur cette étrange mélodie obsédante, les violons envahissent l’espace sonore, et le vibrato du chant laisse l’auditeur méditer. On se laisse rêver à Woodstock (c’est d’ailleurs le titre d’un morceau de l’album que les frères ont refusé de mettre en ligne), tantôt avec une franche bonne humeur (sur With me my Love et ses trompettes glorieuses ou Gotta Find a New Place to Stay et sa rupture de construction au refrain particulièrement efficace), tantôt avec une nostalgie automnale comme sur le mélancolique Where are we et ses violons lancinants.

Bref, avec leurs coupes de cheveux dignes des périodes les plus glorieuses des Beatles, leurs titres plein de l’entremêlement de nostalgie et d’espoir typique de la fin des années 60, les frères Frost avaient tout pour être les stars qu’ils n’ont pas été. Le final de l’incroyable tube If I Can’t Be Your Lover aurait pu déchaîner le public des plus grandes salles de concert.

Luz y Fuerza – We Can Fly

Oui, l’album date officiellement de 1971. Oui, il ne devrait pas avoir sa place dans cette liste. Mais déjà, sa date de publication est trouble : certains affirment qu’ils est sorti en 1973, d’autres qu’il est sorti en 1971, et sans doute a-t-il été enregistré en 1970. Et puis, c’est assez rare d’avoir un album de rock mexicain dans une liste. Et surtout, c’est assez rare d’avoir un album de cette force qui, en seulement une demi-heure, montre toutes les facettes d’un rock psychédélique débordant d’imagination. Bref, cet album est l’occasion de montrer que la créativité débordante de la fin des années 60 a touché le Mexique, et que le génie de Sixto Rodriguez est loin d’être un cas isolé.

C’est donc un album plein de surprises qui se présente à l’auditeur. Dès le début, on est entraîné par un tourbillon de sons. Une guitare électrique déchaînée et des cuivres pleins de chaleur ouvrent le bal, avant de laisser les choeurs doux et harmonieux du morceau particulièrement accrocheur We can fly envahir l’espace sonore. Pendant quatre minutes endiablées, le chanteur et les choeurs dialoguent, soutenus par une section cuivre omniprésente.

Puis vient le deuxième « tube » de l’album : Someday. Dans un genre tout différent, chanson d’amour très pop et planante, laisse un piano, une flûte, et la voix du chanteur, faire rêver l’auditeur. Le son crépite légèrement comme sur tout bon (et vieux) vinyle. Le refrain est obsédant, et on a l’impression que la musique pourrait ne jamais s’arrêter. Pourtant, Everybody Needs a Brother et son entrée énergique en matière par un solo psychédélique de flûte brise cette illusion. On nage en plein psychédélisme, et on rêve aux immensités mexicaines. L’album déborde de sons, d’énergie, de créativité, et sans doute sa forme assez courte s’explique par sa densité : en trente minutes, il y a au moins assez d’idées, de sons, et de mélodies pour trois albums.

Sur Let met Tell You, on se laisse ainsi franchement surprendre par les accents jazz et la simplicité de l’orchestration, surchargée jusqu’ici. Le clavecin déchaîné de l’intro de Rainbow and Apple Trees nous surprend aussi : la richesse des instruments utilisés, ne cesse de destabiliser l’auditeur, tout comme les mélodies, douces et rêveuses qui s’alternent avec un psychédélisme déchaîné, pleinement exprimé sur le dernier titre délirant et extravagant, Midnight, savamment déstructuré. L’album de Luz Y Fuerza est donc un mystère à bien des égards : impossible de trouver la moindre information sur l’album (quelques articles existent sur internet mais rédigés dans leur langue natale), ni sur le groupe, et pourtant on se retrouve confronté à un album étonnant, unique, qui fait que l’auditeur à la fin est persuadé par son affirmation initiale : We can Fly.

The Beach Boy – Sunflower

Sunflower des Beach Boys est sans doute la plus grande injustice de l’année 1970. C’est l’histoire d’un des plus grands groupes de tous les temps qui fait sans doute son meilleur album, et qui se retrouve confronté au plus grand échec de sa carrière, début d’une traversée du désert. Aujourd’hui, quand on réécoute cet album, on se rend compte de sa modernité, de sa créativité, et de sa supériorité par rapport à ses prédecesseurs. Ce qu’il s’en dégage c’est une certaine mélancolie, inattendue dans la conception archétypale des Beach Boys. Dès Slip on Through et This Whole World, les deux premiers titres de l’album, les harmonies vocales du groupe se font plus souvent mineures, surprenantes. Ainsi sur Add some Music to your day, la mélodie semble assez évidente, quand soudain une harmonie vocale presque discordante, en tous cas saisissante surgit : « Music is in my soul ». Ce cri presque mystique, inattendu, représente tout le génie de l’album et sa modernité. Evidemment, certains morceaux comme Deirde reprennent la pop efficace et les refrains entraînant des Beach Boys. Mais toujours une touche nouvelle, une force inattendue et moderne que seul cet album contient, vient s’ajouter.

Finalement là où le groupe nous surprend vraiment, ce sont sur ses titres les plus pops. Ainsi, le titre Tears in the Morning, ballade mélancolique composée et interprétée par Bruce Johnston vient nous rappeler que d’une part les Beach Boys savent être un groupe pluvieux, et que d’autre part Brian Wilson n’est pas le seul génie des Beach Boys. Et que dire de All I wanna Do, titre impressionnant de modernité. Si l’on écoute le début de cette chanson, c’est bien Tame Impala, sa réverbe accentuée, ses synthétiseurs planants, et son chant plaintif qu’on entend. Ce genre de titre planant a sans doute eu une influence considérable sur la musique actuelle.

La fin de l’album se fait franchement expérimentale : sur From my Windows, on est bien loin d’une structure couplet/refrain. De même le dernier titre Cool Cool Water semble davantage occupée à réellement mimer le bruit de l’eau, qu’à se soucier d’une quelconque structure classique. Le titre explose complètement du format radio : la promenade se balance élégamment pendant près de six minutes sans le moindre refrain.

Cet album est donc plein de facettes. Parfois plus rocks qu’à l’accoutumée, mais surtout plus expérimentales et mélancoliques, les chansons de l’album n’en sont pas moins de véritables tubes. Elles cassent l’image erronée que l’on peut avoir du groupe de Brian Wilson : une bande de joyeux surfeurs. Ici, c’est un son mystique, grave, profond, inattendu, qui se développe. Alors pourquoi cet échec commercial ? Certains avancent la pochette où les chanteurs posent avec leurs enfants, pas assez rock. D’autres le déclin du groupe et ses dissensions internes. D’autres encore le changement de label à l’époque. Mais l’argument que l’on pourrait avancer est sans doute la modernité de l’album. Tout comme l’album de Luz Y Fuerza ou celui des frères Frost, l’album des Beach Boys, grand oublié de l’année 1970, méritait une deuxième vie au XXIème siècle, et c’est Youtube qui la lui a apporté.

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Guillaume
J'écris sur la culture – notamment la musique - et l'actu sur ce site. Sinon mes goûts musicaux se situent quelque part entre David Bowie et Meek Mill.

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