us2

Politique,Société

Abstention : y a-t-il un malaise aux Etats-Unis ?

9 Jan , 2017  

Après le verdict du 8 novembre 2016, le monde tombe des nues. Trump est élu Président par une victoire écrasante. On pointe alors le sytème électoral américain du doigt : le Républicain aurait été favorisé par le vote indirect. Certes Donald Trump a eu moins de votes qu’Hillary, mais les deux ont perdu face à la vraie gagnante de l’élection : l’abstention. Le phénomène semble être courant aux Etats-Unis. Depuis l’élection de Kennedy elle n’aurait pas passé sous les 40%. Comment dans la plus grande démocratie du monde le taux de désengagement peut être aussi élevé?

Des espoirs déçus 
Il est évident que la situation économique américaine est à la source d’un désengagement aussi marqué de la population. En effet, Obama laisse un pays plus inégalitaire qu’avant la crise. La montée en puissance des Républicains a limité la marge de manœuvre du président. Sa politique économique, bien qu’elle ait fait régresser le chômage, a profité aux plus aisés.

Avec la crise et le chômage, le salaire des Américains a fortement baissé. La crainte qu’inspire la perte de leur emploi dans la situation actuelle, « l’économie collaborative » et le monopole des grandes sociétés font stagner les salaires. Les Américains travaillent plus qu’avant la crise et, pour la plupart, la valeur de leur patrimoine s’est effondrée après 2008.

Sanders a été le seul a aborder l'inégalité avec crédibilité.

Sanders a été le seul a abordé l’inégalité avec crédibilité.

Le succès de Sanders lors des primaires est dû au fait qu’il a abordé toutes ces inégalités. Le candidat représentait un socialisme modéré qui séduisait les électeurs modérés et qui manquera cruellement à Clinton dans le sprint final. La démocrate n’aura jamais incarné les progrès sociaux qu’espéraient les classes les plus modestes.
La candidate aura échoué aussi à se montrer conciliante et rassembleuse. Dans un pays en proie aux troubles, le terrorisme et la révolte des minorités, Clinton n’a pas su être la candidate de ses communautés, les rassurer sur ses capacités à les soulager du poids croissant des discrimination sociales, économiques et politiques qui pèsent sur elles. D’où la forte abstention persistante dans ces milieux.

Le problème des prisons

Les Etats-Unis ont la plus grande population carcérale au monde. On compte environ 2,3 millions de détenus. Le chiffre dépasse les 3,4 millions si l’on compte les libérés surveillés et en conditionnelle. Ces chiffres seraient en hausse notamment depuis les années 1980. La décennie a été marquée par la l’intensification de la « guerre contre la drogue ».

Nancy Reagan militant pour la campagne

Nancy Reagan militant pour la campagne « Just say No ». On estime qu’elle a été aussi efficace que les moyens militaires.

C’est tout le code pénal qui sera cependant durci. La bataille contre le crime que livreront les gouvernements successifs se soldera par un accroissement de la violence et des peines. Le comble étant la mesure des 3 crimes prise par Bill Clinton : si vous avez récidivé deux fois, votre troisième passage en prison sera à perpétuité, automatiquement.

« Très bien, mais quel rapport avec l’abstention? »Dans certains Etats, les condamnés sont privés de vote même après leur relâchement. Les individus en liberté conditionnelle sont également privés de leurs droits civiques. D’où une abstention conséquente dans de nombreux Etats américains.

La situation devient cependant révoltante lorsque que l’on comprend que les prisons américaines ont été remplies sous la pression de lobbies qui œuvraient afin de maintenir voire durcir les lois. On parle notamment d’ALEC, un puissant lobby américain affilié à un quart des représentants à la chambre et plusieurs des firmes comme Walmart ou Microsoft. ALEC a influé afin de favoriser la création de centre pénitenciers en durcissant les lois fédérales.

Kalief Browder

Kalief Browder

Le comble c’est que ces lois conduisent a de véritables tragédies comme dans le cas de Kalief Browder. Il a été inculpé pour un crime qu’il n’avait pas commis. Incarcéré durant la durée de son procès, il a été victime de lynchages de la part des détenus et d’humiliations par les gardiens. Reconnu innocent, Kalief Bowder fera connaitre son histoire, jettera un pavé dans la mare médiatique et se suicidera 2 ans après sa sortie de prison. Il avait 22 ans.

Voter fatigue

Enfin, les américains n’ont pas été appelés à voter pour une élection en 2016, mais pour quatre. En même temps que les présidentielles se déroulent les élections propres aux Etats qui elles même ont lieu un jour différent… Cela devient un véritable problème dans la mesure où aller voter pour un américain est un véritable casse-tête :

  • Les longues journées de travail et les salaires bas vous poussent à prendre le moins de temps de pause possible.
  • Les bureaux de vote sont parfois très distants ce qui vous oblige à prendre une journée pour voter.
  • Quand ils sont proches, ils sont blindés de monde ce qui génère des files d’attente de plus de 3h dans certains cas.
  • Certains Etats imposent des conditions au vote. Par exemple, avoir une carte d’identité avec une photo. Ces conditions ne sont parfois exigées que pour le vote et se multiplient depuis 2011.

Certes voter est un devoir citoyen d’une importance capitale. Mais le système américain lui-même rend l’acte si difficile qu’il en devient désagréable. Les contraintes économiques qui pèsent sur les plus pauvres les poussent à sacrifier leur vote afin d’assurer une paie un peu plus conséquente. Et encore faudrait-il qu’ils se sentent représentés par les candidats.

Ajoutons à cela que chaque élection est un coup marketing, les moyens investis dans la communication par les candidats sont absolument astronomiques. Le but étant d’être présents dans chaque foyer américain si possible.

On comprend donc la lassitude des Américains envers un système électoral qui peut devenir envahissant tout en étant relativement excluant.

La résistance de l’air

On voit donc que l’élection de Donald Trump n’est pas un simple retournement d’une opinion aux Etats-Unis. Ce n’est pas non plus une simple conséquence de la crise. C’est une tendance de long terme, une réaction sous plusieurs formes à une démocratie minée par des jeux d’intérêts particuliers dont les gains se concentrent graduellement en des mains de plus en plus rares.

Le désengagement aux Etats-Unis n’a pas de parti, ni de camp. C’est la masse silencieuse et disjointe qui n’a aucun poids et dont ses dirigeants ont compris le fonctionnement. Elle a la résistance de l’air. Plus on pousse vite et fort contre elle, plus elle vous ralentit car la friction est élevée. Cependant, si on garde une poussée plus lente mais constante, elle devient aussi douce que du velours.

C’est ainsi que pendant des décennies, les intérêts économiques particuliers ont pris l’ascendant sur le bien-être commun. Les représentants politiques correspondent de moins en moins à leurs électeurs et contribuent à façonner une société qui les dessert. Fatigués et désabusés, les Américains ont fini par chercher leur propre salut dans leur réussite plutôt que dans les urnes.

Cette situation est loin de concerner uniquement les Etats-Unis. Il semble que ce soit une tendance commune aux démocraties occidentales. Une tendance qui favorise la montée des idées extrémistes dans ces pays. Doit-t-on croire à un printemps des extrêmes en Occident ?

Notez cet article !
Nombre de vote : 1

Articles similaires :

Macron-Poutine : Que restera-t-il de la rencontre ? La président français a bel et bien plongé dans le grand bain de la scène internationale. C’est à Versailles qu’il a reçu Vladimir Poutine à l’occas...
Pourquoi la question kurde est-elle un casse-tête pour les relations i...  Le 25 septembre prochain, cinq millions de kurdes irakiens voteront pour leur indépendance. Ce référendum ne sera pas le dénouement final pour ce...
Comment la télévision réussit-elle à faire de ses audiences un feuille... Depuis la rentrée, on ne parle que de ça : l'arrivée de Yann Barthès sur TMC, avec sa nouvelle émission « Quotidien ». Les articles pleuvent. Le prése...
Economie : Le risque Le Pen / Mélenchon est-il réel ? Depuis quelques jours, les marchés s’alarment. Les sondages pointent une percée remarquable de Jean-Luc Mélenchon. A moins de 15 jours du premier to...
Joao
Je m’appelle Joao et je suis chroniqueur chez Juste 1 Question. Je cherche à vous informer sur l’actualité mondiale de façon simple, concise et avec un grain d’humour. Je veux que vous puissiez appréhender chaque info. Pour cela, je compte toujours aller à l’essentiel et vous apporter les faits et mes analyses sans fioritures. Bref, mon but est de vous montrer que vous pouvez comprendre ce qui vous entoure en vous posant juste 1 question.

Poster un Commentaire

Soyez le premier à commenter !

Me notifier quand
avatar

wpDiscuz