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Culture / Divertissement,Musique

Quels sont les 3 projets de rap français que vous avez (sans doute) négligés la semaine dernière ?

29 Nov , 2016  

Cette semaine dans le rap français, les sorties étaient nombreuses, et il y en avait pour tous les goûts, entre les projets de Gradur, Lucio Bukowski, Swift Guad ou Lacraps. Pourtant, derrière ces albums de rappeurs « institués », trois artistes sortaient des projets prometteurs, novateurs, et très différents les uns des autres. On vous propose un petit tour d’horizon de ces découvertes qui vont sans doute vous surprendre, et vous séduire.

<3 – Nice To Meet YOU : oui, on peut mettre de la house dans le rap francophone.

Le premier de ces trois projets, c’est l’album <3, du groupe Nice to Meet You, souvent abrégé en #NTMY. Originaires de Goussainville, le trio est soutenu par toute la scène qui fit l’apogée de la ville voisine de Sarcelles – comme Driver et Aelpéacha présents sur l’excellent son Chillmatic 2.0. On retrouve en effet des sonorités G-funk sur l’EP des trois amis. Mais ce qui fait la particularité de l’EP, ce sont bien les sonorités électroniques. Le groupe reste bien dans une lignée influencée par la funk mais sur cet album, il va chercher du côté des scènes électroniques nées en partie de celle-ci, et c’est là que le groupe innove. En effet, peu de groupes de rap français s’ouvrent à la house. Ici, le groupe s’y met complètement. Il se fait d’ailleurs assister par Grems sur le tube « Dans le Sud », un des pionniers du mélange entre rap et deep house.

Tout l’EP est porté par des sonorités électroniques, particulièrement dansantes : on a affaire ici à du rap français, sur des productions complètement inspirées des musiques électroniques actuelles, ce qui est finalement assez nouveau dans le paysage du rap francophone. Dans un titre comme « Tous les deux », des emprunts sont également faits au dancehall. Bref, le trio ose quelque chose d’assez simple et d’assez rare et osé dans le rap en français : le pari d’un rap de qualité fait pour danser.

Le groupe a donc fait le choix d’essayer. Essayer des sonorités électroniques. Mais aussi essayer le R&B, avec une grande réussite, mêlant chant et rap. Et enfin « essayer l’amour » – thème central de l’album – comme ils le proclament dans leur introduction. Amour, rap, et R&B : on en arrive à sans doute l’une des grandes influences de l’EP : Drake, dont le tube « Hotline Bling » est fredonné dès le début de l’album, comme pour d’entrée placer ce projet sous l’égide du lover canadien. L’amour par téléphone : n’est-ce d’ailleurs pas de ça dont il est question dans le titre même de l’album à travers l’émoticône <3 ? Drizzy semble veiller sur cet album avec un regard serein : le disque d’un jeune trio qui ose aller dans une direction où le rap français est encore trop souvent frileux.

Jorrdee – Wavers : danse lancinante dans un aquarium.

Quand on vous parlait de Jorrdee pour la première fois, il y a un an, le rappeur d’origine lyonnaise commençait à attirer l’attention de tous. Un an plus tard, le jeune homme n’a pas pris la direction que beaucoup attendaient. Alors qu’on le rêvait en popstar mélancolique balançant ses tubes détraqués, Jorrdee s’est de plus en plus orienté vers un mélange de r&b et d’électro ambiante, froide, presque expérimentale, à la fois décontenançant, planant, et inquiétant. Refusant de suivre la voie royale qui lui était ouverte vers le star-system, Jorrdee continue d’expérimenter, et d’aller là où il veut aller, toujours plus loin dans une direction qui se précise de plus en plus. Le jeune artiste signe même une piste instrumentale sur son dernier projet, preuve de cette orientation radicalement électronique et froide.

Le dernier EP du membre du 667, Wavers, perpétue donc cette direction. L’image de la vague décrit bien la musique de Jorrdee : il s’agit bien de vagues électroniques superposées, à laquelle la voix de Jorrdee, modifiée, noyée sous ces nappes sonores vient s’ajouter, pleine d’écho. Souvent, on ne comprend pas ce qu’il dit, tant l’ambiance est enfumée. L’auditeur n’a plus de repère. Mais parfois, dans ce projet maritime et brumeux – à côté duquel certains anciens morceaux de Jorrdee comme son tube Rolling Stone apparaissent comme incroyablement lumineux, un éclat surgit. Une phrase poétique énoncée plus clairement, mystérieuse et parlante : « Remplir et faire déborder, peut-être que j’suis bon qu’à ça. ». « Une pincée d’innocence et un homme s’est relevé ». Ces phrases qui se démarquent du reste du morceau, que l’on retient et qui nous touchent par leur poésie à l’étrangeté intime sont aussi la force de Jorrdee.

Le meilleur morceau du projet reste sans doute incontestablement « Sur les lèvres ». En effet, ici, à l’ambiance digne d’un aquarium (dans tous les sens du terme) qui traverse l’EP, vient se superposer un étrange rythme étonnamment dansant, évoquant la samba et un Brésil solaire. Cette rencontre entre le chaud et le froid, la danse et la mélancolie, donne un mélange détonnant. Dans une ivresse étrange, l’auditeur se laisse entraîner par cette ballade obsédante à la structure (presque) classique en refrain-couplet. Quand Jorrdee clame « On se demande encore pourquoi on a mal. », l’auditeur sent tout l’univers enfermé et inquiétant de l’artiste que l’on peut de moins en moins qualifier de rappeur. Et pourtant, cette ballade est sans doute le premier titre de Jorrdee sur lequel il pourra danser, se laissant emporter par le rythme des vagues électroniques.

Moïse The Dude – Nonchalante N : l’âge de la sincérité.

Moïse The Dude traîne sa « Nonchalante N » (titre de son dernier projet) depuis trois ans maintenant à travers le rap français. L’EP que l’artiste a sorti cette semaine avait tout en apparence pour être la suite peu surprenante de la construction du personnage de rappeur trentenaire désabusé qu’il développe depuis quelques années, ne serait-ce que par son titre, fidèle à sa nonchalance autoproclamée. Et pourtant, dès le premier titre, on se rend compte que l’on a affaire à un projet qui ouvre de nouveaux horizons pour l’artiste dont le dernier disque avait été mis en support physique grâce à Captcha Limited Records.

En effet, Moïse The Dude utilise l’autotune, les sonorités trap, et un égotrip agressif sur cet EP, se renouvelant avec énergie. On est loin d’une mise à distance ou d’un quelconque second degrés qui n’auraient pas eu grand intérêt dans ces choix musicaux, et même dans ces thèmes. Moïse The Dude s’essaie à de nouveaux horizons, changement qui avait d’ailleurs été annoncé sur « DUDELIFE ». Il s’inscrit pleinement dans le rap de 2016, et quand dans son refrain il clame « Son cul sur des post-it », comment ne pas penser à PNL qui voulait aussi un boule « en po-po-poster ». On est loin du rappeur cherchant à rester un peu en marge et revendiquant « arrogance et coolitude sur musiques lentes » au sujet de son premier projet. Moïse The Dude est ici très sérieux, et c’est une très bonne nouvelle.

Si sur des titres comme « Anything », le parisien reprend un flow proche du Klub des Loosers, des instrus planantes, et des thèmes nonchalants, le son redevient empli de violence sur « Grizzly Music ». Conscient de l’image qu’il renvoie de « rappeur blanc », le personnage semble se faire complètement honnête par moment – notamment quand il clame sa déception, voire son rejet du rap -, même si son ironie n’est jamais très loin. Deux choses frappent en effet, paradoxales et en même temps liées : Moïse The Dude est plus que jamais conscient de son personnage de rappeur blanc underground trentenaire, et en même temps semble s’extraire de ce personnage pour se livrer avec sincérité, peut-être conscient de ses limites.

En tous cas, le plus important est là, Moïse The Dude livre un EP enthousiasmant et prometteur quant à la suite, prouvant bien qu’il ne s’agit pas que d’un rappeur « gag », d’un rappeur de posture, mais bien d’un passionné de rap, qui ne cesse de se renouveler avec sincérité. La sincérité, c’est sans doute le mot-clé de l’EP : une sincérité autant musicale que textuelle, dont on a pu douter par l’ironie du personnage, et que l’on redécouvre ici, touchante. On attend donc le prochain projet de Moïse The Dude avec une réelle impatience, et on espère qu’il va continuer à aller de plus en plus vers les sonorités rap actuelles. Ne serait-ce que pour le voir en featuring un jour avec MHD.

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Guillaume
J'écris sur la culture – notamment la musique - et l'actu sur ce site. Sinon mes goûts musicaux se situent quelque part entre David Bowie et Meek Mill.

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