Philly Soul

Culture / Divertissement,Musique

1 ville 1 son : The Sound of Philadelphia

12 Mar , 2018  

Cette année, tous les mois Juste1Question vous fait découvrir des genres musicaux associés à une ville en particulier. Qu’est-ce qui fait le son d’une ville ? Pourquoi ces musiques sont nées dans ces villes ? C’est toutes les questions auxquelles répond notre série 1 ville 1 son.  Aujourd’hui, pour ce premier volet de la série, on vous fait découvrir la Philly Soul.

Parler de la Philly Soul, c’est d’abord poser la question des catégorisations musicales. Le genre est traditionnellement considéré comme de la soul, et donc une musique davantage organique qu’électronique. Et pourtant, toute cette scène qui s’est développée dans les années 70 s’est caractérisée par la qualité de son mixage, et son utilisation des systèmes de balances et d’ « edits », pour créer un son reconnaissable entre mille. Les stars de la Philly Soul, ce n’étaient en effet pas tant les musiciens que les producteurs, qui étaient en fait des sortes d’artistes électroniques précurseurs. Entre musique électronique et organique, le son de Philadelphie est sans doute impossible à catégoriser.

Car durant les années 70, à Philadelphie, c’est bel et bien un renouveau de la soul qui a lieu, grâce à une bande de musiciens, de labels, et de passionnés, qui créent un son spécifique, à la fois doux et distingué, chic et sensuel. Ce son tout en finesse se caractérise par cette forme de chaleur raffinée délivrée par des cuivres très présents, une basse sautillante, des voix claires et pops, et une session corde très importante, soutenue par une batterie légère au rythme régulier influencé par les débuts du R&B dans les années 60. Le tout dégage un rayonnement, une lumière chic, soutenue par les violons luxuriants et la basse ronronnante, qui forment un véritable écrin pour les voix douces et pures délicatement mixées par les producteurs dans un véritable travail d’orfèvre.

Finalement, trancher et décider si toute cette scène musicale de Philadelphie était pionnière de la musique électronique et notamment du disco ou s’ils étaient les représentants d’une soul modernisée avec des influences funks n’a pas vraiment de sens. Car tout l’intérêt d’étudier et découvrir cette scène musicale, c’est qu’elle constitue un tournant, un virage dans la musique pop. La Philly Soul est en réalité la pièce manquante entre la soul et le disco, et donc entre une musique organique et une électronique. La réduire à un de ces deux genres serait lui faire perdre ce qui la rend unique, à la fois dansante et portée par le son chaud des instruments soul.

À l’inverse de la scène footwork dont on vous parlait ici la semaine dernière, qui s’est développée dans la rue, la Philly Soul a toujours été structurée en labels, en groupes, en albums. Les artisans de la Philly Soul sont des professionnels endurcis du monde de la musique. Ainsi, Kenneth Gamble et Leon A. Huff, deux producteurs ayant côtoyé dès leurs débuts les têtes d’affiche du label Atlantic Records comme Aretha Franklin, sont les créateurs du principal label de Philly Soul, nommé Philadelphia International. Les deux hommes, à travers ce label, introduisent notamment les fameuses lignes de basses qui feront la renommée du disco quelques années plus tard.

Au sein de ce label, une bande d’une trentaine de musiciens, portés par une forme d’émulation collective, véritable bouillonnement, qui sera à l’origine du fameux son de Philadelphie : les MSFB (Mother Sister Father Brother). La Philly Soul n’a pas de héros, c’est une aventure collective, c’est le croisement d’une grande diversité de musiciens. Ensembles, ils sortiront un morceau mythique : « The Sound Of Philadelphia », véritable hymne symbolique de ce mouvement musical majeur de la fin du 20ème siècle. Ce collectif et l’ensemble de leurs morceaux sont les véritables mythes de la Philly Soul.

Mais cet âge d’or de la Philly Soul fut éphémère. La basse mythique de Ronnie Baker – membre de MSFB – inspira le mouvement du disco, et à la fin des années 70, le label Salsoul Records, futur poids lourd du disco new-yorkais, vola à Gamble et Huff leurs principaux talents comme Vince Montana ou Earl Young, alors qu’un conflit opposait le label et ses musiciens. Mené par des producteurs emblématique comme le génial Walter Gibbons, le label opéra la mutation totale de la soul en disco, et le passage à la musique électronique.

Walter Gibbons, DJ emblématique des boîtes gays new-yorkaises et y ayant importé le son de la Philly Soul notamment par ses edits de nombreux morceaux de ce genre musical comme « Everyman » des Double Exposure (un duo emblématique de la Philly Soul), devient un des producteurs mythiques du disco, et un des précurseurs de l’idée du remix. On bascule complètement dans la musique électronique. Autre transition, alors que Philadelphia International mettait en avant des musiciens noirs, Salsoul Records, qui tient son nom d’un mot-valise entre « salsa » et « soul » s’ancre davantage dans la communauté latino, et fait appel à davantage de musiciens blancs.

Avec Walter Gibbons, artisan fascinant du son, le producteur devient un magicien, et ses edits de 12 minutes font oublier les morceaux originaux. Une nouvelle page de la musique électronique s’ouvre, mais à sa base, il ne faut pas oublier que se tient une géniale bande de musiciens et de producteurs virtuoses enfermés dans un studio, portés par un véritable mouvement collectif : MSFB, les héros de la pop des années 70.

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Guillaume
J'écris sur la culture – notamment la musique - et l'actu sur ce site. Sinon mes goûts musicaux se situent quelque part entre David Bowie et Meek Mill.

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